dimanche 21 juin 2009

Falaise

J'ai toujours considéré la possibilité de mettre soi-même fin à ses jours comme un acte égoïste et lâche.

Sujet à débat, certes.

Aujourd'hui, spécialement aujourd'hui, je peux entrevoir aussi le soulagement et la libération que ce geste peut représenter.

Quand on est au bord de la falaise, il suffit d'un souffle pour vous faire tomber.

Lui, c'est un ouragan.

dimanche 31 mai 2009

Echec

Parfois je pleure. Je le pleure. Je nous pleure.

Parfois, je pleure son sourire, si éclatant et sincère, ses fous rires si simples et communicatifs, son engouement pour une série télé potache et naïve. Je pleure son courage, sa volonté, sa hargne, son esprit combatif. Je pleure ses démons, ses oeillères et ses peurs, qui sclérosent tout le reste, grignotant petit à petit les projets, rêves et désirs.

Parfois, je pleure nos envies, nos démarrages, nos constructions. Je pleure les épreuves que nous avons traversées, les passages difficiles que nous avons endurés, les obstacles qu'il a fallu franchir. Je pleure les réussites obtenues main dans la main, les créations réalisées en regardant dans la même direction, les utopies qui motivaient notre quotidien.

Parfois, je pleure l'amour qu'il ne m'a jamais vraiment donné, celui que je lui criais au visage pour qu'il se décide enfin. Je pleure ses rancoeurs, sa folie, son entêtement. Je pleure sa lâcheté de ne pas avoir su me quitter quand il le fallait, d'être toujours revenu ou resté alors qu'il n'aurait pas du, d'avoir tenter de vivre avec une femme qu'il voulait sienne mais qui ne pouvait être rien d'autre qu'un cadeau empoisonné pour lui.

Parfois je pleure ses distances, sa méchanceté, sa vengeance. Je pleure de l'avoir vu tenter de me faire mal, de l'avoir entendu livrer des mots blessants, de l'avoir laisser franchir les limites, sans cesse repoussées, de moins en moins intolérables. Je pleure son ascendant sur moi, l'effet qu'il me fait d'un regard, et la lueur triste qu'il y a toujours eu, tout au fond.

Parfois, je pleure ses rares mots doux, les surnoms qu'il me donnait, certaines oeillades sans équivoque. Je pleure la réelle complicité qui nous unissait, en dépit de nos personnalités extrêmement différentes. Je pleure ce que nous n'avons pas réussi à maintenir à flots, à protéger, à préserver.

Parfois, je pleure nos vacances, nos nuits agitées, notre amour parental. Je pleure les quelques traits d'union qui nous reliaient, peu nombreux mais si intenses. Je pleure les ambitions que nous avions pour nos enfants, la place professionnelle que l'on s'est faite à la force du poignet, le lien indestructible qui nous unit, qui rend tout beaucoup plus compliqué.

Parfois, je pleure ce qui ne se passera jamais entre nous, ce qu'il ne me donnera jamais, les pansements qui ne soigneront jamais certaines blessures, les douces paroles que j'étais en droit d'attendre, ma patience justement récompensée. Je pleure le couple que nous ne sommes plus, les moments volés à nos certitudes, chaque occasion désormais ratée, chaque opportunité manquée.

Parfois, je pleure, pour ne pas oublier. Et pour oublier, aussi.

samedi 30 mai 2009

Attente

D'une vie nouvelle, de décisions importantes, qui ne sont plus de mon ressort, ayant été jusqu'au bout de mes possibilités. La vérité est ailleurs.

Comment imaginer en arriver jusque là ? On connait les gens que l'on aime, jusqu'au plus noir de leur personne. On se surprend à visualiser des drames, que l'on balaie rapidement du revers d'un neurone parce que non, quand même. On prend plaisir à penser aux belles anecdotes, aux moins belles, et puis on oublie.

Quand la détresse et la douleur sont présentes, tout peut arriver. Véritables starters d'énergie du désespoir, elles peuvent pousser, ou même mener doucement, aux pires des agissements. Le savoir ne fait pas tout, en avoir conscience ne rend pas moins tendre. Peut être même au contraire.

Laisser ses prunelles en présence d'une cocotte minute remplie de grenaille tient du challenge chaque semaine pour moi. Et s'il se passe quelque chose de grave, nul doute que leur intérêt sera resté mon leitmotiv toutes ces semaines où j'ai été tiraillée entre mon amour maternel et mon amour maternel, tour à tour protecteur et inquiet, sincère et attentionné...

Chaque geste que je déploie aujourd'hui, je le fais pour eux. Tous, sans exception, même les plus égoïstes sont finalement intéressés par ce but. Même ceux qui m'emmènent de plus en plus loin de lui pour me rapprocher de moi, de Lui, d'une vie meilleure, même ceux là sont pour eux, quelque part.

Parce qu'eux aussi, méritent mieux qu'une paire de parents irresponsables dans leur couple, capables de briser les dernières bribes d'amour par orgueil et rancoeur, sans penser une seconde à ce qu'ils avaient fabriqué pendant ces temps de nombrilisme.

Je ne suis plus dans le doute de ce que je leur fais vivre, traverser, non, plus du tout. Je suis dans le regret, sentiment que j'exècre s'il en est, d'avoir mal choisi leur géniteur. M'accoupler fut certes un plaisir, les projeter la plupart du temps aussi, le voir avec eux les premières années également, sans hésitation. Mais ne pas avoir fait le forcing pour qu'il fasse le nécessaire afin d'être en mesure de s'occuper au mieux d'eux, là, j'ai un soupçon de culpabilité qui ne me lâche pas.

La séparation est déjà structurellement difficile à concevoir, à accepter et à vivre pour des enfants. Qu'en est-il d'avoir un parent déphasé, hors du temps et des besoins de ceux qu'il dit chérir ?

jeudi 16 avril 2009

Cauchemar

Une co-location en Norvège, alors que je laisse mes enfants en France avec je ne sais qui, des activités nautiques imposées, comme cette virée en toboggan aquatique qui n'a ni début ni fin, des tueurs qui me poursuivent alors qu'il est là, taillé dans le roc, les cheveux à la brosse, le rictus bien installé sur son visage, à éructer des insanités sur mon compte, à invectiver les personnes qu'il a mafieusement employées pour me liquider, à les aider dans leur tâche, aussi. Une arrestation avec des sous-entendus de maltraitance d'enfants, de mes enfants, une course-poursuite aux airs de chasse à l'homme qui démarre en trombe, alors que j'ai récupéré ma progéniture et que je distribue les ordres de discrétion à tout va. Des contrôles et des cachettes à n'en plus finir, jusqu'à l'arrestation finale avec examen psychologique pour tout le monde à la clé. Le grand diagnostiqué en rémission (?), le second en complète déchéance affective et le dernier, inexistant. Une mère névrosée et dépressive, dixit, qui ne peut donc s'occuper de ses enfants comme il se doit. Un placement plus tard (le père ayant certainement été tué dans les échanges de coups de feu du début ou encore tellement aveuglé par sa colère qu'il ne cherche pas là où il faut), le réveil. Merci les Grands Esprits, il fait jour et cette réalité n'est pas la mienne...

jeudi 2 avril 2009

Béance

Le jeudi soir... triste soir... je n'aime pas les habitudes autour d'une journée, et pourtant, mes semaines sont rythmées sur ce mode depuis quelques mois maintenant.

Voir leurs bouilles sur des photos, fond d'écran ou autres clichés numériques qui apparaissent ça et là, alors même qu'ils vont partir ou sont déjà loin, c'est une torture sans nom.

Bien sûr, ça pourrait être pire... je le sais, mais c'est une bien maigre consolation. Je ne vis que dans le (fol) espoir de les récupérer sur un laps de temps plus long, que la vapeur soit inversée.

Qu'au lieu de m'en séparer avec le coffre plein de leurs affaires et de mon désarroi, je puisse les confier pour quelques dizaines d'heures, salutaires pour eux comme pour moi.

Qu'ils se ressourcent sans en subir les mauvais côtés, que je me repose sans être rongée chaque jour par leur absence et le manque qu'elle grave en moi chaque fois un peu plus prondément.

Je ne supporte pas de les laisser. De moins en moins. C'est comme les abandonner à une semaine d'amour, entachée de stress ambiant, de règles arbitraires et de temps qui manque.

Ne pas faire ce qu'il faut pour leur bien-être... je sais bien que la séparation même ne peut être avalée comme une microscopique pilule, mais simplement, adoucir les choses...

Etre bouleversée en entendant que le petit ressent le manque de celui qu'il n'a pas d'une semaine sur l'autre, et le fait deviner à son entourage scolaire sans ambigüité, malgré son jeune âge (si jeune, et pourtant déjà éprouvé...)

Etre chamboulée en entendant le complice de leur création insister sur la sensibilité du second, qui en bonne éponge qu'il est, prend le chagrin de l'un et l'inquiétude de l'autre pour lui (si tendre et déjà si malmené...)

Etre angoissée du détachement que l'ainé laisse paraître, alors qu'à l'intérieur subsistent des interrogations dont il ne veut pas connaître les réponses, alors même qu'il sent du mieux (si mature, privé de ses années d'insouciance, avant même ce tourbillon...)

Les larmes brûlantes de ces jours passés sans eux, sans leurs sourires, leurs bêtises, leurs voix, leurs questions, leurs éclats de rire, leurs peines, leurs joies, leurs plaisanteries, leurs mots doux... toutes ces larmes inutiles et intarissables qui ne s'arrêteront (donc) jamais (?)...

L'envie de les garder, de braver la tempête, de faire face à l'agressivité, de tenir le coup, de manière totalement égoïste et inconsciente, faisant payer à tous un besoin viscéral très personnel... me mordre les doigts de l'avoir quitté avant qu'ils soient un peu plus grands, peut -être un plus capables de gérer la situation... me damner d'avoir sauté le pas, il y a à peine moins de neuf ans, tout en sachant que ce sont mes plus belles réalisations... ne plus savoir où j'en suis par rapport à mes décisions et à ses dommages collatéraux, alors que je suis dans une période de dynamisme galvanisant...

Comment rester sereine quand je sais ce que je leur fais traverser et subir ? Quel droit ai-je au juste, de leur imposer ma décision, qui concerne uniquement ma vie au final... ils n'ont rien demandé, ils souhaitent très justement avoir leurs parents sous le même toit, pouvoir user et abuser de l'un comme de l'autre sans avoir à attendre un jour précis ou un coup de téléphone impromptu...

Comment les laisser grandir avec cette image de famille pleine de fêlures et de tâches, les laisser évoluer dans la vie avec un manque permanent chevillé au ventre, les laisser penser que tout ceci est normal...