vendredi 30 octobre 2009

Kaléïdoscope

Il y a des morceaux, comme ça, qui me font arrêter le temps, le remonter, juste un peu, et me plongent dans un profond désarroi. Même si les paroles ne se prêtent pas aux idées qui surgissent sur l'instant, même si les mélodies ne laissent pas de bleus à l'âme au commun des mortels, il y a des morceaux, comme ça, qui me ramènent en arrière, me serrent les tripes et m'interdisent d'avancer, pendant quelques minutes. Il y a des musiques qui sont siennes, qui sont nôtres, et rien ni personne ne pourra défaire ça.

Il y a des photos, comme ça, qui font revenir des souvenirs heureux, des instants de félicité au milieu du tumulte, des pauses bonheur dans le tourbillon sans fond. Des images qui marquent un temps bien précis, une envie particulière, anormalement partagée. Je l'ai aimé et j'en souffre. En fait, je le sais. Je l'aime encore. Mais je ne dois pas me tromper. Ce n'est pas celui qu'il est aujourd'hui que j'aime. C'est son souvenir. C'est ce qu'il reste de lui, là, tout au fond, encore visible dans un brin de son iris, encore audible dans un souffle de sa voix. C'est celui qu'il s'empêche d'être.

Il y a des instants, comme ça, pendant lesquels mon coeur saigne de l'avoir dans la peau et de savoir que rien n'est plus possible. Et ne le sera jamais. Pendant lesquels ma gorge se serre d'avoir trop longtemps espéré, essayé, au péril de ma santé, de mon équilibre fragile qui est parti en lambeaux. Des instants pendant lesquels je voudrais tout balayer d'un revers de la main, sortir de ma noyade, prendre une goulée d'air et nager jusqu'à ces souvenirs. Nager jusqu'à ne plus sentir mes muscles, jusqu'à l'épuisement, puis me ressourcer... mais auprès de qui ?

Je voudrais guérir de lui.

Could it be magic...?

dimanche 4 octobre 2009

Nocturne

Cela fait des semaines que je ne passe pas une nuit sans rêver de lui.

Ce n'est pas juste une expression littéraire, c'est une expression littérale.

Pas une nuit sans être sous son emprise.

Il ne tient pas que ma vie dans sa rage.

Il a pris possession de mes espoirs.

dimanche 21 juin 2009

Falaise

J'ai toujours considéré la possibilité de mettre soi-même fin à ses jours comme un acte égoïste et lâche.

Sujet à débat, certes.

Aujourd'hui, spécialement aujourd'hui, je peux entrevoir aussi le soulagement et la libération que ce geste peut représenter.

Quand on est au bord de la falaise, il suffit d'un souffle pour vous faire tomber.

Lui, c'est un ouragan.

dimanche 31 mai 2009

Echec

Parfois je pleure. Je le pleure. Je nous pleure.

Parfois, je pleure son sourire, si éclatant et sincère, ses fous rires si simples et communicatifs, son engouement pour une série télé potache et naïve. Je pleure son courage, sa volonté, sa hargne, son esprit combatif. Je pleure ses démons, ses oeillères et ses peurs, qui sclérosent tout le reste, grignotant petit à petit les projets, rêves et désirs.

Parfois, je pleure nos envies, nos démarrages, nos constructions. Je pleure les épreuves que nous avons traversées, les passages difficiles que nous avons endurés, les obstacles qu'il a fallu franchir. Je pleure les réussites obtenues main dans la main, les créations réalisées en regardant dans la même direction, les utopies qui motivaient notre quotidien.

Parfois, je pleure l'amour qu'il ne m'a jamais vraiment donné, celui que je lui criais au visage pour qu'il se décide enfin. Je pleure ses rancoeurs, sa folie, son entêtement. Je pleure sa lâcheté de ne pas avoir su me quitter quand il le fallait, d'être toujours revenu ou resté alors qu'il n'aurait pas du, d'avoir tenter de vivre avec une femme qu'il voulait sienne mais qui ne pouvait être rien d'autre qu'un cadeau empoisonné pour lui.

Parfois je pleure ses distances, sa méchanceté, sa vengeance. Je pleure de l'avoir vu tenter de me faire mal, de l'avoir entendu livrer des mots blessants, de l'avoir laisser franchir les limites, sans cesse repoussées, de moins en moins intolérables. Je pleure son ascendant sur moi, l'effet qu'il me fait d'un regard, et la lueur triste qu'il y a toujours eu, tout au fond.

Parfois, je pleure ses rares mots doux, les surnoms qu'il me donnait, certaines oeillades sans équivoque. Je pleure la réelle complicité qui nous unissait, en dépit de nos personnalités extrêmement différentes. Je pleure ce que nous n'avons pas réussi à maintenir à flots, à protéger, à préserver.

Parfois, je pleure nos vacances, nos nuits agitées, notre amour parental. Je pleure les quelques traits d'union qui nous reliaient, peu nombreux mais si intenses. Je pleure les ambitions que nous avions pour nos enfants, la place professionnelle que l'on s'est faite à la force du poignet, le lien indestructible qui nous unit, qui rend tout beaucoup plus compliqué.

Parfois, je pleure ce qui ne se passera jamais entre nous, ce qu'il ne me donnera jamais, les pansements qui ne soigneront jamais certaines blessures, les douces paroles que j'étais en droit d'attendre, ma patience justement récompensée. Je pleure le couple que nous ne sommes plus, les moments volés à nos certitudes, chaque occasion désormais ratée, chaque opportunité manquée.

Parfois, je pleure, pour ne pas oublier. Et pour oublier, aussi.

samedi 30 mai 2009

Attente

D'une vie nouvelle, de décisions importantes, qui ne sont plus de mon ressort, ayant été jusqu'au bout de mes possibilités. La vérité est ailleurs.

Comment imaginer en arriver jusque là ? On connait les gens que l'on aime, jusqu'au plus noir de leur personne. On se surprend à visualiser des drames, que l'on balaie rapidement du revers d'un neurone parce que non, quand même. On prend plaisir à penser aux belles anecdotes, aux moins belles, et puis on oublie.

Quand la détresse et la douleur sont présentes, tout peut arriver. Véritables starters d'énergie du désespoir, elles peuvent pousser, ou même mener doucement, aux pires des agissements. Le savoir ne fait pas tout, en avoir conscience ne rend pas moins tendre. Peut être même au contraire.

Laisser ses prunelles en présence d'une cocotte minute remplie de grenaille tient du challenge chaque semaine pour moi. Et s'il se passe quelque chose de grave, nul doute que leur intérêt sera resté mon leitmotiv toutes ces semaines où j'ai été tiraillée entre mon amour maternel et mon amour maternel, tour à tour protecteur et inquiet, sincère et attentionné...

Chaque geste que je déploie aujourd'hui, je le fais pour eux. Tous, sans exception, même les plus égoïstes sont finalement intéressés par ce but. Même ceux qui m'emmènent de plus en plus loin de lui pour me rapprocher de moi, de Lui, d'une vie meilleure, même ceux là sont pour eux, quelque part.

Parce qu'eux aussi, méritent mieux qu'une paire de parents irresponsables dans leur couple, capables de briser les dernières bribes d'amour par orgueil et rancoeur, sans penser une seconde à ce qu'ils avaient fabriqué pendant ces temps de nombrilisme.

Je ne suis plus dans le doute de ce que je leur fais vivre, traverser, non, plus du tout. Je suis dans le regret, sentiment que j'exècre s'il en est, d'avoir mal choisi leur géniteur. M'accoupler fut certes un plaisir, les projeter la plupart du temps aussi, le voir avec eux les premières années également, sans hésitation. Mais ne pas avoir fait le forcing pour qu'il fasse le nécessaire afin d'être en mesure de s'occuper au mieux d'eux, là, j'ai un soupçon de culpabilité qui ne me lâche pas.

La séparation est déjà structurellement difficile à concevoir, à accepter et à vivre pour des enfants. Qu'en est-il d'avoir un parent déphasé, hors du temps et des besoins de ceux qu'il dit chérir ?